
À Witry-Caurel (Marne), pour AJP maître d’ouvrage, l’agence AT-O (Architectural Thinking Office) a livré en 2025 un programme industriel qui engage une nouvelle histoire avec son environnement proche et lointain. Surface : 2 000 m². Budget : 2,10 M€ HT. Communiqué.
Ancrage
Situé entre Reims et Witry-Caurel, le projet prend place dans une zone industrielle. Localisée entre deux routes et surplombée par une voie rapide, cette dernière est au milieu des champs.
Entre ville et campagne, sans vraiment appartenir ni à l’un ni à l’autre, le projet peine à trouver une accroche tangible dans ce tissu hybride qui caractérise souvent les zones industrielles mises à l’écart. Néanmoins, la proximité d’un flux important d’automobilistes et le paysage de la Marne sont des sources de dialogue à cultiver.
Le projet se décompose en deux bâtiments : une halle industrielle accompagnée de ses bureaux, ainsi qu’un atelier de réparation des poids lourds qui traversent le territoire. Chacun, selon ses spécificités et dimensions, cherche à s’émanciper du langage éculé des bâtiments tertiaires sans spécificité territoriale afin d’ancrer ces derniers dans ce contexte si particulier.

Écrins
Souvent délaissés, les bâtiments industriels cultivent une certaine indépendance avec le milieu dans lequel il évolue. Décontextualisés car mis à l’écart, une opacité vis-à-vis de l’espace public les caractérise. A contrario, le projet souhaite engager un dialogue avec les centaines d’usagers qui quotidiennement longent ce dernier ainsi qu’avec les paysages proches et lointains. Il ambitionne une écriture unique qui tire profit des spécificités territoriales.
Tout d’abord, la halle s’illustre par une rosace de 3 m de diamètre en polycarbonate. Symbole du projet, cette cathédrale d’acier puise dans cette référence un élément qui, une fois modernisé assoie le bâtiment et lui confère un sentiment de solennité. Une atypie qui marque l’entrée de l’édifice et le rend unique dans le paysage du parc industriel.


L’atelier quant à lui s’illustre par sa couverture en polycarbonate et son cerclage en aluminium qui assure une transition douce entre les matériaux employés.
En effet, les deux bâtiments s’unissent par l’emploi du polycarbonate et d’un bardage métallique vertical. Resserrée, la vibration de ce dernier donne un sentiment d’unité. Le langage vertical du polycarbonate et du bardage cultive le même vocabulaire et assure l’homogénéité de l’ensemble.
Les menuiseries sont en aluminium gris clair afin de se confondre dans le bardage et mettre l’accent sur les découpes réalisées par les vitrages dans ce volume imposant. D’une météo capricieuse en raison d’une topographie horizontale, et souvent encline à la grisaille, les bâtiments cherchent à s’y fondre afin de mettre en valeur par contraste, le ciel, le sol terreux et les champs alentour.
Le bâtiment de l’atelier renforce encore ce sentiment grâce à sa transparence permise par l’alignement des portes d’entrée sur les deux façades opposées. Ainsi, la butte plantée traverse le bâtiment et est rendue visible dès l’entrée sur le site. Cette transparence renforce l’impression de légèreté conférée par la douceur du métal ainsi que du polycarbonate.

Atmosphères
Baignés de lumière, les intérieurs sont simples et modestes en contraste avec le sol terreux du site, le ciel capricieux de la Marne et la présence des champs alentour.
Le polycarbonate offre une lumière douce et homogène. Même par temps maussade, les lumières artificielles ne sont pas nécessaires grâce à la généreuse présence de ce matériau diaphane. Une atmosphère enveloppante règne dans ces espaces.
La halle retrouve la rosace ainsi découverte à l’entrée de l’édifice. À l’image d’un vitrail, elle prend, une fois entré, toute la lumière naturelle disponible à l’extérieur et offre une présence singulière. Circulaire, elle est le symbole de la trajectoire du soleil.
L’atelier surabonde de lumière grâce à sa couverture translucide. Comme une cloche de verre, le polycarbonate enveloppe, protège et illumine l’espace.

Crépuscule
À la nuit tombée, ou dans les instants qui précèdent le lever du soleil, les bâtiments engagent une nouvelle histoire avec leurs environnements proches et lointains.
En effet, l’absence de lumière naturelle offre l’opportunité à la lumière artificielle d’accompagner ces moments singuliers, caractéristiques de la trajectoire du soleil et du passage des saisons.
Après avoir permis aux espaces intérieurs de baigner de lumière, le polycarbonate agit cette fois-ci de l’intérieur vers l’extérieur. Son côté diaphane, une fois mis en lumière au sein des bâtiments offre une vibration singulière. En particulier pour l’atelier qui, grâce à sa couverture en polycarbonate se comporte comme une lanterne, une luciole au milieu des champs.
Le projet assume ainsi sa présence dans le paysage sans être ostentatoire. Il propose une douce vibration lumineuse, une lueur chaude au milieu de l’obscurité d’un territoire de transition. Il accompagne les usagers dans leur quotidien.

