
Tiens, par exemple, l’hôtel de Ville de Caen (Calvados) accueille en ce mois d’octobre 2026 (jusqu’au 8 janvier 2027) une exposition intitulée La Main de l’architecte qui dévoile au public la conception architecturale et paysagère du futur Musée Gandur appelé à voir le jour entre le Mémorial et la Colline aux Oiseaux.
Entre août 2025 et mai 2026, huit agences d’architecture de renommée internationale ont été invitées à imaginer ce nouveau lieu. Le Comité d’évaluation, présidé par Jean Claude Gandur, a retenu en mai 2026 à l’unanimité le projet du duo italo-espagnol Barozzi Veiga. L’exposition invite donc le public à découvrir la vision du projet lauréat, ainsi que les propositions des sept autres agences invitées : Grafton Architects, Mikoü Architecture, Moatti-Rivière Architecture, OMA, Snøhetta Studio, Wilmotte & Associés Architectes et Riken Yamamoto & Field Shop. Pour les Caennais, de quoi comprendre comment a été conçu son nouveau musée !
Tiens encore, en ce mois d’octobre 2026. La Ville de Genève propose (jusqu’au 31 octobre 2026) au Forum Faubourg une exposition intitulée Transformation du Centre sportif du Bout-du-Monde. Là sont présentés les projets du concours d’architecture pluridisciplinaire pour la transformation du Centre sportif du Bout-du-Monde.
Le programme du concours porte sur 20 000 m² de surfaces utiles de locaux et prévoit la création de nouveaux équipements, parmi lesquels des salles omnisports et d’athlétisme, une piscine, une piste de BMX, un skate-park couvert. Des locaux communs et administratifs, des abris de protection civile pour 2 000 places et des espaces et aménagements extérieurs sont également prévus. En tout cas, l’exposition présente tous les projets des agences retenues, dont le projet lauréat bien entendu. Une opération de coutume ?
Tiens, le concours « Renaissance du Louvre », dont le lauréat est pourtant connu depuis le 18 mai 2026, avec pour toute cérémonie un communiqué du ministère de la Culture. Pour une fois, c’était l’occasion d’y mettre de la pompe à la Renaissance ! Mais il faudrait donc que les propositions des cinq équipes internationales retenues pour le prestigieux concours Renaissance du Louvre, lequel concerne pourtant tout un chacun dans le monde entier, ne soient encore à ce jour jamais vues par quiconque ?*
Tiens le concours pour le nouveau pavillon d’accueil de l’Assemblée nationale :** un projet à l’image de la représentation nationale ? Mercredi 16 septembre 2026, Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, a présenté le projet intitulé « Ouvrir l’Assemblée Nationale – Faire Vivre La Démocratie ». Un titre cynique pour un projet cadenassé puisque, en effet, Alain Moatti (Moatti-Rivière), pourtant lauréat, déplore lui-même cette culture du secret. Comme le souligne Tina Bloch,*** « Étrange situation pour un équipement qui prétend précisément ouvrir l’Assemblée nationale au public : le projet lauréat est exposé à tous les regards, ses concurrents sont au secret ». Bref, on n’en saura rien !
Bonjour la matière grise développée avec l’argent du contribuable à prendre la poussière en fond de tiroir !
Comment toutefois expliquer l’impeccable silence de femmes et hommes de l’art qui ne sont généralement pas les derniers à promouvoir leur talent ? Quoi, des pointures internationales ont répondu au concours Renaissance du Louvre – il n’y en a pas souvent des comme ça… – et, plus de cinq mois après l’annonce du projet lauréat, c’est motus et bouche cousue chez tous ces « architectes désobéissants », pour paraphraser Renzo Piano ? Idem pour les candidats malheureux du hall d’accueil de l’Assemblée nationale ? Pas une image, pas une récrimination !
Pas de mystère cependant : il fut sans état d’âme demandé aux impétrants de signer un accord léonin de confidentialité pour pouvoir participer. Autrement dit, tu as le droit de jouer mais tu la fermes ! Depuis donc, silence radio.
Pourquoi ?
Pour mémoire se souvenir que les projets des neuf agences retenues pour le futur ministère de la Défense avaient du 1er au 19 juin 2011 fait l’objet d’une exposition à la Cité de l’architecture intitulée « 2015 : le ministère de la Défense prend ses quartiers à Balard ». **** J’y étais et je n’ai pas souvenir que cette exposition aux quinze maquettes ait créé des émeutes de Français désappointés.
Quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup. Pourquoi ne pas montrer les autres projets du Louvre ou du pavillon de l’Assemblée ? Parce qu’ils sont trop nuls ? Trop moches ? Et que ce serait trop la honte pour le brillant comité qui a sélectionné leurs auteurs ?
Bien sûr que l’intégrité intellectuelle dudit comité ne peut être mise en cause. Alors pourquoi ces cachotteries ? Parce que l’éventail des projets reçus, en regard du projet lauréat, pourrait créer la polémique ? Tiens à Genève et à Caen, il y a pourtant des maîtres d’ouvrage qui n’ont pas peur de leur ombre… Si c’est la raison de tant de pudeur entre l’Élysée et l’Assemblée, en ce cas, quel est ce pouvoir – on parle du Louvre et de l’Assemblée nationale quand même – qui serre les fesses à l’idée que les Français, qui ont payé pour ce travail, et plutôt deux fois qu’une, puissent s’interroger sur ses choix ?
Pourquoi dissimuler les évidences – c’est-à-dire les projets non retenus – sauf à craindre d’étaler incompétence et gabegie ? Ou pire ?
L’architecture, dit-on, est à l’image de la société qui l’abrite. Que signifie donc cette nouvelle culture du secret, qui germe généralement sur le substrat de la connivence, voire de la malhonnêteté intellectuelle ?
Si c’est le cas pour l’architecture, un sujet pourtant quasi universel, c’est le symptôme d’un pouvoir aux abois qui, incapable de trancher parmi ses propres contradictions, n’a plus pour ressort que la dissimulation qui conduit à la méfiance laquelle nourrit le ressentiment et la violence.
Ce ne serait d’ailleurs pas mal si dans les manifestations des lycéens, des étudiants, des gilets jaunes, des pompiers, des infirmiers, des professeurs, des policiers, il y avait quelques pancartes : « MONTREZ-NOUS LES PROJETS DU LOUVRE » ; « MONTREZ-NOUS LES PROJETS DU NOUVEAU PAVILLON D’ACCUEIL DE L’ASSEMBLEE NATIONALE ».
Parce que nous sommes tous concernés ! Et si on n’y arrive pas pour l’architecture…
Christophe Leray
* Lire Exigeons de voir les projets Nouvelle Renaissance du Louvre ! (Chroniques, mars 2026)
** Lire Les architectes humiliés par l’Assemblée nationale. À dessein ? (Chroniques, février 2024)
*** Lire Alain Moatti – Le pavillon de la discorde (Chroniques, octobre 2026)
**** Lire A Balard, l’armée des neuf singes en mission commandée (Chroniques, septembre 2015)