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Accueil > Editos > Pour des J.O. d’hiver 2030 made in France ?

Pour des J.O. d’hiver 2030 made in France ?

24 février 2026

Briançon Jeux olympiques d'hiver 2030
Fort des Têtes, Briançon (Hautes-Alpes)

Les Jeux olympiques de Milan-Cortina à peine terminés, il nous faut déjà nous projeter vers les Jeux d’hiver 2030 dans les Alpes françaises. Nombre d’ouvrages sont à bâtir dans le temps imparti. Pas de souci, le domaine de la construction en France est sinistré comme jamais. Et cela ne risque pas de s’arranger en quatre ans. Explications.

Le 20 février 2026, un article du Monde intitulé JO de Paris 2024 : les pratiques frauduleuses du secteur du bâtiment mises au jour indique que « des peines de prison ferme ont été requises au tribunal de Bobigny, pour plusieurs dirigeants de sociétés poursuivis pour travail dissimulé et emploi de sans-papiers sur le chantier du village olympique de Saint-Denis ».

Voilà une nouvelle qui n’étonnera personne et qui, surtout, met en relief l’impasse dans laquelle se trouve le pays, alors même qu’il faut dès à présent préparer les prochains jeux olympiques en France, et fissa, considérant le bazar à la tête du Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques (Cojop) d’hiver 2030 dans les Alpes françaises.*

Dans un pays qui professe à grands cris la chasse à l’immigré clandestin, en voilà donc qui bossaient pépères sur le plus grand et prestigieux chantier de Paris et de la France ? Certes, entre 2020 et 2024, après le Covid et dans la panique de l’explosion des coûts de chantier, chacun comprend bien qu’il fallait impérativement tenir les délais et construire le Village olympique quoiqu’il en coûte, question de prestige ! Pas en termes financiers supplémentaires évidemment puisque l’État était déjà fauché, sans parler de sa mauvaise habitude à systématiquement sous-estimer les coûts des ouvrages. Aux architectes et aux entreprises de se débrouiller donc. À un rythme soutenu, le pari fut cependant tenu mais faut-il s’étonner que d’aucuns aient eu à couper les coins ?

L’article du Monde par exemple explique que le préjudice financier total dans l’affaire à 60 M€ citée plus haut a été estimé par l’Urssaf à plus de 8,2 millions d’euros de cotisations éludées. Ce qui signifie que les entreprises ont empoché 8 M€ de plus ou que le projet aurait pu coûter 8 M€ de moins ! Et personne dans son tableau Excel n’avait constaté l’évaporation miraculeuse de cette somme dans l’évaluation budgétaire du programme ? Sur un projet qui engage l’honneur national, surveillé comme le lait sur le feu – imaginez un attentat sur le chantier avec des morts – les Renseignements généraux, pour simplifier, ne savaient donc pas que des travailleurs sans papiers œuvraient sur le chantier ? Et les autres entreprises, et les architectes, et le patron du foodtruck, ne le savaient évidemment pas non plus.

C’est finalement le syndicat CGT qui a alerté l’inspection du travail qui a effectué un contrôle sur site en mars 2022. Le procès peut bien avoir lieu en 2027, ce d’autant que sur une dizaine de sociétés concernées, huit ont été liquidées depuis les faits et que les réquisitions étaient plutôt indulgentes.**

Anecdotique ? Non, car ce village est symptomatique d’une méthode et dans ce pays c’est toute la construction de logements qui est viciée par hommes et femmes politiques incapables de gérer leurs contradictions entre leur ambition pour eux-mêmes et leur ambition pour le pays, leur idéologie et le bon sens.

Nonobstant la RE 2020 ayant rendu toute construction plus onéreuse de 20 % pour des gains énergétiques par rapport à la RT 2012 qui restent à démontrer, voyons le projet imaginaire d’un bailleur social. Les bailleurs sociaux ayant été dépouillés d’une partie de leurs liquidités par Macron président, celui-là se retrouve avec un budget serré de 4 M€ pour 25 logements en zone urbaine dense. L’entreprise la moins-disante à répondre à l’appel d’offres – une entreprise turque disons puisqu’il est question de telles entreprises dans l’article du Monde – est à 1,50 M€ au-dessus du prix, tandis que les Majors, qui ont leurs propres comptables, sont 3 M€ au-dessus. Le bailleur n’a guère le choix, il va négocier avec l’entreprise la « moins-disante » et trouver le million manquant en fonds de tiroir. L’entreprise peut ensuite sous-traiter à prix cassés une partie du marché à des entreprises exotiques légalement installées en France – des SARL – mais dont le couvreur, en mission, était boulanger dans une autre vie. La suite ? Un bâtiment ni fait ni à faire et à la fin, pour un ticket à 4 M€, le bailleur se retrouve avec un ouvrage construit pour seulement 2,50 M€, sans compter les hasardeuses futures années de maintenance…

Il est vrai que la vente en VEFA (vente en l’état futur d’achèvement) a tout changé pour le constructeur, pour le vendeur et, surtout pour le bailleur en bout de chaîne. « En 2023, dans le neuf (17 % des achats), on note une progression continue de la part des logements acquis en VEFA : ils représentent 76 % des acquisitions neuves en 2023, contre 67 % en 2019 et 56 % en 2013 (+20 points en dix ans) », souligne l’Institut Paris Région (5/06/2025). Ce pourcentage était largement inférieur à 10 % en 2008 lorsque Nicolas Sarkozy s’en est mêlé ! Une affaire qui marche ! Une génération plus tard, les conséquences de ce transfert de responsabilité des bailleurs aux promoteurs se traduit par la perte de compétences des premiers aux bénéfices des seconds qui, comme au village olympique, font de nécessité, via la sous-traitance, vertu bénéfique au mieux des intérêts des actionnaires.

Bref, entre un coût de construction artificiellement augmenté par une réglementation aux petits oignons pour les lobbys et un manque de main-d’œuvre et de compétences qui invite à toutes les astuces – y compris dans le second œuvre où les artisans ne peuvent pas recruter faute de… logement pour leurs employés – comment s’étonner que s’effondre l’économie nationale du bâtiment ? Qui – architecte, promoteur, maître d’ouvrage, compagnon – a encore envie de se lancer dans une telle galère de construire du logement social quand il faut à Paris plus de temps pour construire sept logements qu’un village olympique ?

Le pire est à venir puisque nous avons l’extrême-droite la plus bête du monde. Au-delà de la rhétorique, en Italie, pour répondre aux pénuries de main-d’œuvre, la coalition des droites aura en cinq ans fait venir et régularisé près d’un million de travailleurs extracommunautaires, dont 500 000 au seul compte de Giorgia Meloni, pas une gauchiste quand même (Les Echos, 1/07/2025). Mais l’Italie se vide et sa population est vieillissante, le taux de natalité décourageant. Pas comme chez nous, c’est sûr !

Viktor Orban, pas un gauchiste non plus, n’est pas en reste qui a dû se résoudre dès 2021 à signer un décret permettant aux étrangers d’obtenir un visa de travail en quelques semaines seulement, expliquait Radio France dès 2023 (18/09). Résultat de sa politique Travail-Famille-Patrie, en Hongrie le nombre de travailleurs étrangers extra-européens a augmenté de 14 % en un an et les règles, encore assouplies depuis, permettent aux « travailleurs invités » d’obtenir un permis de travail encore plus facilement, sans avis officiel des autorités. À comparer avec les files sauvages devant nos préfectures.

Et puis il n’y a même pas besoin d’être d’extrême-droite pour posséder un minimum de sens commun. En janvier 2026, le premier ministre socialiste Pedro Sanchez a annoncé à son tour le projet de régulariser 500 000 sans-papiers, « pour soutenir la croissance », dit-il. Il est vrai qu’en Italie et en Espagne, la croissance se porte mieux qu’en France. Cause à effet ?

Bref, dans ce pays, à contre-courant de l’histoire, notre ministre de la justice se vante de la construction de centres de rétention où maintenir plus longtemps de pauvres gens et la droite jusqu’à l’extrême, comme un seul Trump, de crier haro sur l’immigré. C’est à désespérer de l’esprit olympique. Au Mali, fierté sans doute, ils pourront toujours dire que le Village olympique à Paris, ils l’ont construit ! D’ailleurs, les migrants fainéants sont rares, surtout ceux qui arrivent à la nage, pas comme chez quelques insouciants Français de souche.

En attendant l’élection présidentielle, nous n’en avons donc pas fini des vociférations hypocrites et mesquines pendant que tout le monde fera semblant de ne rien savoir des conditions et du déroulement des travaux de prestige du pays. D’ailleurs les prochains chantiers des jeux olympiques de 2030, qu’il faudra finir à temps quoiqu’il en coûte – Jean-Michel Wilmotte et Philippe Prost notamment en course pour transformer le fort des Têtes à Briançon (Hautes-Alpes) en village des athlètes – seront construits par des travailleurs venus de Suisse, très chers mais bien sous tout rapport.

Pour finir, puisque nous ne sommes plus à un paradoxe près, si l’architecte de la future patinoire à Nice (Alpes-Maritimes) n’est pas encore connu, avec la France bientôt à +4° dans l’une des villes les plus chaudes du pays, il aura le plaisir de construire une patinoire comme à Dubaï. Qui sait avec peut-être des ouvriers népalais, ce qui serait parfait pour des sports d’hiver.

À moins qu’au prix de la RE 2020, la glace ne devienne un parquet installé par des boulangers anatoliens pour le roller artistique.

Christophe Leray

*Tiens, aparté : la France était le seul pays candidat pour l’organisation de ces jeux, allez savoir pourquoi…
** Lire JO de Paris 2024 : les pratiques frauduleuses du secteur du bâtiment mises au jour (Le Monde, 20/02/2026)

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Par Christophe Leray Rubrique(s) : Editos

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