La campagne électorale des municipales aborde-t-elle l’urbanisme et l’architecture des sites qui forment le territoire des communes ? Va-t-elle parler local et écrire vernaculaire ? Évidemment pas. Le local est désuet, trop consensuel et pas assez polémique. Le vernaculaire est triste et sale. Même la campagne parisienne évite ces termes qui font province.
En période électorale, les médias de toutes natures, de toutes audiences, de toutes obédiences ne restent pas contemplatifs. Chacun va de ses questions fondamentales et se trompe d’élection tant 2027 occupe le viseur et constitue la cible de choix. Les corporations ne sont pas en reste et ne peuvent être coites. Les associations, également, veulent connaître leur sort, l’avenir de leurs locaux et subventions.
Issues de points presse omniprésents, des listes de questions, de propositions, envahissent les permanences des candidats. Rares sont celles qui seront lues par l’adjoint du directeur de campagne, importé par le parti depuis l’Île-de-France, qui se sent déclassé et ne connaît rien ni personne dans ce pays lointain.
Réponses et programmes sont marqués du poids de l’appareil, de sa doctrine, de ses poncifs et de l’ignorance du local. « Ici et maintenant » est méconnu et méprisé, trop les pieds dans la boue et les mains dans le cambouis. Les préoccupations triviales et spécifiques du lieu sont voilées au profit des diktats de la politique nationale pour laquelle les candidats au poste de maire n’ont strictement aucun pouvoir. Tout cela grève considérablement les capacités d’échange du citoyen.
Les conseils éclairés de l’Ordre
À cette déprime, le CNOA (Conseil National de l’Ordre des Architectes), appareil corporatiste s’il en est, résiste, prouve qu’il existe : « À l’approche des élections municipales de 2026, les échanges entre architectes et élus font émerger, partout en France, des constats et des attentes communes sur le cadre de vie. L’Ordre des architectes a choisi de les relayer sous la forme de dix propositions, conçues comme des repères et des éléments de langage à partager avec les élus en place comme avec les candidats ». *
Très impressionné par la démarche et le slogan Un maire, Un architecte, qu’il pratique au Salon des Maires depuis plusieurs années, l’Ordre honore ses membres. Ses architectes placés au même rang que le premier magistrat de nos villes lui parlent d’égal à égal. Profitant de cette « relation privilégiée entre un maire un architecte », ce calcul n’est pas tout à fait sot si l’on se rappelle qu’il y en France 35 000 communes et 30 000 architectes inscrits au tableau.
Pour que l’architecture et les architectes, la ville et la campagne, ne soient pas les oubliés des enjeux du vote, le CNOA fait des propositions. Une dizaine est publiée dans L’Hebdo des Architectes en ligne*, dix thèmes proposés aux candidats et aux architectes qui voudront bien aller les discuter dans les permanences.
Les meilleures :
Investir de nouveaux récits territoriaux.
Faire avec un climat en mouvement.
Garantir un logement pour tous.
Réindustrialiser par l’architecture.
Rien que des propositions bien concrètes. Bien à l’échelle des pouvoirs des maires et de leurs petits moyens et territoires. Pour agir au quotidien, localement ! Pour essayer d’être dans l’actualité, au cœur des problématiques d’ici avec des questions de politique nationale ! Des propositions bien globales dont les réponses n’engagent à rien, ni rapidement. Des questions, coup d’épée dans l’eau pour aujourd’hui, à poser aux candidats aux sénatoriales de septembre et à la Présidence de la République de 2027. Mais les poser aux futurs maires ? Non, ce n’est pas très lucide !
Ces propositions sont « des repères des éléments de langage » dit l’Hebdo. On avait bien compris qu’il ne s’agit pas d’idées concrètes à propulser dans des programmes.
Bien sûr ces propositions ont des titres, et des sous-titres et des explications, vingt à trente lignes qu’un partisan-militant lira peut-être s’il est abonné à l’Hebdo. Sinon, quel est le relais ? L’Ordre nous dira combien de maires ont répondu ou seulement accusé réception.
Dans le cadre d’une élection locale, pour élire un maire et son conseil municipal, faut-il poser les mêmes questions à tous les Français ? Sans doute pas.
La diversité des thèmes concrets abordés aurait pu être assurée par les CROA, les conseils régionaux, des élus locaux. En déléguant leurs membres auprès de directeurs de campagne, voire des têtes de liste, sur des sujets singuliers des territoires qui le sont tout autant. L’intérêt aurait été de faire du concret et pas de la rhétorique, autour des sujets de terrains… Mais peut-être que certains l’on fait. On peut rêver.
Les médias locaux ne font pas mieux. Centrés sur les partis, les appareils nationaux et leurs alliances locales, les meetings avec les figures nationales qui ne connaissent rien aux histoires du coin et ne savent que reprendre les déjà connus registres de 2027. En fait le local, les médias s’en foutent.
L’an 01
Comme souvent, l’Ordre cherche à exister autrement que par la seule gestion du tableau. Les agences de communication n’ont pas encore quitté la Tour Montparnasse infernale.
L’idée des élus locaux de l’Ordre en mission de campagne, sur le terrain, aurait du sens. Ce pourrait même être intéressant. Ce serait comme une partie gratuite au flipper, comme un avantage au rugby, comme un ticket remboursé de la Française des Jeux : l’occasion de reprendre la une de Gébé :
« On arrête tout.
On réfléchit.
Et c’est pas triste ».
L’an 01 après quinze jours de campagne !
Jean-Philippe Charon
Architecte
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* Dix propositions aux candidats pour les municipales 2026 | Ordre des architectes
