
À Gisors (Eure), pour la Communauté de communes du Vexin Normand maître d’ouvrage, Richter architectes et associés a livré en 2026 un Pôle Culturel comptant trois salles de cinéma et une médiathèque. Surface : 2 676 m² SDP. Coût des travaux : 10 M€ HT. Communiqué.
Le pôle culturel de Gisors prend place sur un site longtemps demeuré en marge du centre-ville. Un territoire remblayé, occupé par le stationnement automobile, verrou urbain autant que fracture paysagère. Sous la surface : un sol pollué, des vestiges massifs d’infrastructures industrielles d’avant-guerre, des eaux souterraines omniprésentes, un terrain inondable. Le projet naît de cette condition même. Il ne cherche pas à effacer les contraintes du lieu, mais à travailler avec elles, à les retourner pour faire émerger une nouvelle géographie urbaine.


L’ambition du pôle culturel dépasse largement celle d’un simple équipement public. Le projet agit comme un dispositif de liaison et de révélation à l’échelle de la ville et du territoire. Il reconnecte des fragments jusqu’alors disjoints : la place de la mairie et les équipements voisins, le centre ancien et les paysages ouverts de la campagne, l’axe commerçant et les rives de l’Epte. Il redonne une continuité là où subsistaient des ruptures.
Le site retrouve une profondeur paysagère. L’Epte, longtemps tenue à distance, réapparaît comme un élément structurant du projet. Les vues sur l’église, sur les bâtiments de la reconstruction, sur les alignements urbains existants sont révélées, recadrées, réinscrites dans une expérience de parcours. Le projet ne se pense pas comme un objet autonome posé dans la ville, mais comme une séquence traversée, une promenade construite capable de révéler un voisinage jusque-là invisible.


Trois entités composent l’ensemble : le parc, la médiathèque et le cinéma. Elles sont reliées par cette longue galerie qui traverse le site d’est en ouest. Cet espace linéaire constitue moins une circulation qu’un lieu de transition, un « entre-deux » permanent : entre ville et campagne, entre architecture et paysage, entre rivière et logements, entre l’intériorité silencieuse de la médiathèque et l’intensité du cinéma. La galerie organise les continuités, ménage des porosités, multiplie les cadrages.
Le parc occupe une place centrale dans cette composition. Le sol libéré de la voiture devient un paysage accessible, traversant, ouvert sur l’eau. Le projet retourne ici une contrainte majeure : la nécessité de maintenir une capacité importante de stationnement dans un site soumis au risque d’inondation. Le parking prend place sous les bâtiments, dans une infrastructure conçue pour accepter ponctuellement la montée des eaux. Cette stratégie permet de restituer le niveau du sol aux usages publics et au paysage.



Contraster les atmosphères
L’ensemble architectural repose sur une matérialité commune. Un béton pierreux, légèrement jaune, inscrit le projet dans une continuité avec les tonalités minérales de Gisors : celles de l’église, de la mairie, des architectures de la reconstruction. Les éléments métalliques et les menuiseries, aux reflets dorés, introduisent une vibration plus fine, changeante selon la lumière.
À l’intérieur, les deux équipements développent des atmosphères volontairement contrastées. Le cinéma s’inscrit dans l’imaginaire de la salle obscure : rouge profond, noir mat, lumière rare, épaisseur et densité. La médiathèque, à l’inverse, recherche une forme d’apaisement. La lumière y est diffuse, omniprésente, venant glisser sur des matières claires et tactiles : béton adouci, bois blond, métal doré, textiles aux teintes pâles. Les programmes eux-mêmes restent ouverts et réversibles : cinéma transformable en salle de spectacle, médiathèque accueillant expositions, conférences ou studio de musique.


Le pôle culturel de Gisors ne cherche pas à produire un signal monumental. Il construit plutôt une relation. Une relation entre des usages, des paysages, des temporalités et des fragments de ville jusqu’alors séparés. Une architecture de la traversée plus que de l’objet, attentive aux continuités, aux situations intermédiaires et à la présence du paysage.