Outre une nouvelle entrée à l’ouest du musée, y avait-il une alternative au dispendieux plan Renaissance du Louvre annoncé en janvier 2025, par le président de la République en personne ? Louvre-Hebdo.
Le plan Renaissance du Louvre d’Emmanuel Macron entendait avant tout anticiper l’augmentation du nombre des visiteurs du musée (de 9 à 12 millions à terme). Sans tenir compte de ce plan ou d’autres propositions ultérieures, de même que des nombreux incidents survenus à la suite, quelle solution globale, rationnelle et économe auriez-vous proposé à l’époque ? Nous avons imaginé que cette question aurait pu être posée par l’Elysée en décembre 2024 à l’intelligence Artificielle (I.A.).
Voici quelle aurait été sa réponse :
Si je me replace strictement en janvier 2025, avant l’annonce détaillée du programme, avec un Louvre accueillant 8,7 millions de visiteurs en 2024, plafonné à 30 000 entrées quotidiennes, et si l’objectif politique consiste à rendre possible une fréquentation de l’ordre de 12 millions, j’aurais posé le problème autrement : non pas agrandir le Louvre, mais mieux utiliser le Louvre existant.
La faiblesse du dispositif Pei n’est pas tant la Pyramide elle-même que le fait d’avoir transformé progressivement un hall de distribution en passage obligé quasi universel. Or le palais possède déjà plusieurs accès — Pyramide, Carrousel, Richelieu, Porte des Lions — et Richelieu comme le Carrousel accueillent déjà des flux spécifiques.
J’aurais proposé un « Louvre à quatre portes »
Le principe aurait été extrêmement simple : cesser de faire entrer presque tout le monde par le même entonnoir et organiser le Louvre comme un grand équipement urbain multipolaire. La Pyramide resterait l’entrée symbolique, celle du premier visiteur, mais ne serait plus l’entrée par défaut. Elle pourrait recevoir environ 35 à 40 % du public.
Le Carrousel, déjà connecté au métro, aux commerces et aux espaces souterrains, deviendrait une véritable seconde entrée générale, modernisée et rendue beaucoup plus lisible depuis la rue de Rivoli.
Le passage Richelieu serait renforcé comme troisième accès, principalement destiné aux groupes, scolaires, visites organisées et abonnés — une spécialisation qui existe déjà en partie.
Enfin, la Porte des Lions, sous-utilisée au regard de sa situation remarquable face à la Seine et aux Tuileries, deviendrait une véritable quatrième porte, avec contrôle de sécurité, billetterie légère et services indispensables. Elle permettrait notamment un accès direct à l’aile Denon sans passer sous la Pyramide.
L’objectif n’aurait donc pas été de construire une seconde Pyramide, mais de transformer quatre accès existants en quatre portes complémentaires d’un même musée.
Deuxième principe : réserver non seulement une heure, mais une porte
La billetterie aurait été entièrement repensée. Au moment de réserver, le visiteur aurait choisi — ou se serait vu proposer — un horaire, une entrée et un premier secteur de visite : Denon – Joconde – peintures italiennes ; Richelieu – sculptures – appartements Napoléon III ; Sully – Louvre médiéval – Antiquités ; parcours transversal ou découverte générale.
Un billet de 10 h 30 pourrait donc indiquer : « Porte des Lions — Denon », plutôt que simplement « Louvre, 10 h 30 ». Cela change beaucoup de choses. Le musée ne chercherait plus seulement à réguler combien de personnes entrent, mais où elles entrent et où elles commencent leur visite.
L’intelligence informatique nécessaire n’aurait rien d’extraordinaire : elle existe dans les systèmes de réservation des aéroports, des grands événements et des parcs de loisirs.
Troisième principe : traiter la Joconde comme un problème de flux, pas comme un problème immobilier
C’était déjà le principal aimant du musée. Mais déplacer une œuvre parce qu’elle attire trop de monde revient en partie à traiter le symptôme plutôt que la cause. J’aurais donc conservé la Joconde dans le palais historique, tout en créant une réservation facultative d’un créneau Joconde, intégrée au billet du musée.
Un visiteur entrant à 10 heures pourrait recevoir un passage conseillé ou réservé à 11 h 20. Entre-temps, il visiterait autre chose. L’objectif serait d’éviter que plusieurs milliers de personnes convergent spontanément vers la salle des États dès leur entrée.
Le numérique deviendrait ici un instrument d’architecture : organiser le temps permet d’éviter de construire des mètres carrés.
Quatrième principe : faire du Louvre un réseau de parcours plutôt qu’un hall central
C’est probablement le point architectural le plus important. Pei avait créé un formidable centre de gravité. Le problème, trente-cinq ans plus tard, était précisément que ce centre était devenu trop gravitationnel.
Il fallait donc passer d’un schéma radial : Pyramide → hall → à un fonctionnement maillé : plusieurs portes → plusieurs parcours → possibilités de recroisement.
Cela supposait essentiellement de la signalétique, quelques réaménagements de circulations, des contrôles de billets décentralisés, des vestiaires répartis et, ponctuellement, quelques escaliers ou ascenseurs supplémentaires. Rien de comparable avec la création d’une infrastructure souterraine majeure.
Cinquième principe : augmenter la capacité par le temps avant de l’augmenter par la pierre
Passer de 9 à 12 millions représente environ +33 %. Mais cela ne signifie nullement qu’il faille construire 33 % d’espace supplémentaire.
Avant tout investissement lourd, j’aurais expérimenté pendant deux ou trois ans une nocturne supplémentaire, des horaires élargis pendant les périodes touristiques, une modulation saisonnière, une tarification encourageant les heures creuses et surtout une réservation généralisée permettant d’écrêter les pointes.
Le Louvre avait d’ailleurs déjà ajouté en mai 2024 une nocturne le mercredi. Un musée ouvert davantage dans le temps augmente sa capacité sans augmenter son emprise. Et seulement ensuite, quelques travaux ciblés
J’aurais probablement consacré l’investissement immobilier prioritaire à trois postes : remise à niveau technique du palais ; amélioration des quatre accès ; création de petites infrastructures de liaison et de services là où elles sont réellement nécessaires.
Autrement dit : canalisations, climatisation, étanchéité, sécurité incendie, sûreté, réseaux électriques et informatiques, accessibilité, sanitaires, vestiaires, ascenseurs et conditions de travail avant toute opération spectaculaire.
Ce sont les parties invisibles d’un musée qui permettent aux parties visibles de fonctionner.
Un projet probablement beaucoup moins coûteux
Sans étude technique, il serait imprudent de donner un chiffre précis. Mais j’aurais fixé en janvier 2025 une enveloppe de l’ordre de 150 à 250 millions d’euros pour le seul programme « accueil, accès et flux », hors indispensable rénovation patrimoniale et technique du palais.
Elle aurait financé la transformation des accès existants, les contrôles de sécurité, les circulations ponctuelles, les équipements d’accueil, la signalétique physique et numérique et le système intelligent de réservation et de répartition des visiteurs.
Et j’aurais imposé une règle avant d’engager davantage : mesurer pendant trois ans les résultats obtenus.
Si, après ces transformations, le Louvre demeurait réellement saturé à 10 ou 11 millions de visiteurs, alors seulement aurait été posée la question d’une nouvelle infrastructure.
En somme : Renaissance sans « grand projet »
Ma proposition de janvier 2025 aurait donc pu tenir sur une feuille : Ne pas construire d’abord pour accueillir davantage ; commencer par distribuer autrement ceux que l’on accueille.
Le paradoxe du Louvre est qu’il dispose d’un palais immense mais fonctionne, pour une grande partie de son public, comme s’il n’avait qu’une seule porte. Or les accès secondaires existent déjà. La documentation actuelle du musée en recense toujours quatre et montre qu’une différenciation des publics entre eux est parfaitement praticable.
J’aurais donc proposé un Louvre polycentrique : quatre portes, quatre départs de parcours, une réservation intelligente des flux, une Joconde régulée dans le temps, des horaires étendus et un investissement massif dans l’existant.
C’est peut-être là que se situait la solution la plus rationnelle : remplacer une logique d’extension par une logique d’exploitation intelligente du patrimoine déjà disponible.
Et, architecturalement, il y aurait eu une certaine élégance à ne pas chercher à rivaliser avec Pei : la Pyramide aurait conservé son statut d’entrée majeure sans être condamnée à demeurer l’entrée de tout le monde.
Jean-Claude Ribaut (avec I.A.)
Retrouvez tous les chapitres de Louvre-Hebdo
NDLR : avec toutes les réserves d’usage liées à l’I.A., déjà née en décembre 2024, et en période de disette budgétaire, cette proposition mérite d’être ajoutée au dossier. Même rétrospectivement !
