
À Paris (XVe), pour GECINA maître d’ouvrage, MARS architectes a livré en 2025 la résidence Lourmel. une opération de 89 logements étudiants. Surface : 2 100 m². Coût : 8,3 m € HT. Communiqué.
Site
Édifiée dans les années 1960, la résidence existante s’inscrit dans cette période singulière où Paris expérimente, en marge de son tissu haussmannien, des formes héritées des grands ensembles. Par son implantation entre la rue des Cévennes, la rue de Lourmel et la rue Lacordaire, à proximité immédiate du parc André Citroën et du nouvel écoquartier Boucicaut, le site occupe une position géographique stratégique.
Il constitue un vaste îlot paysager sur dalle, pensé comme un cœur vert intérieur, aujourd’hui identifié comme espace vert protégé et maillon discret de la trame verte du sud-ouest parisien. Autour de ce vide central s’élèvent des volumes d’une ampleur inhabituelle à Paris : de longues façades rectilignes, puissantes, presque telluriques, formant de véritables murailles de béton. Leur échelle, leur continuité et leur rigueur orthogonale traduisent une esthétique de la masse et de l’ordre, héritée d’un fonctionnalisme affirmé, qui domine le paysage du jardin et en conditionne fortement les usages et les perceptions.



Insertion
C’est au sein de cet ensemble fortement constitué que la résidence étudiante Lourmel prend place, en s’appuyant sur l’emprise de l’ancienne rampe de parking. Le projet introduit une pièce intermédiaire, plus basse, plus fragmentée, capable de se glisser entre les grands fronts bâtis sans entrer en concurrence avec eux.
Cette fragmentation procède d’un double mouvement. Elle affirme d’abord un contraste d’échelle et de composition avec l’orthogonalité puissante des bâtiments existants : plutôt qu’un volume continu, la résidence se décompose en quatre blocs distincts, légèrement désaxés, dont les positions rompent la linéarité des façades environnantes et atténuent l’effet de masse au cœur de l’îlot. Mais cette décomposition n’est pas seulement une stratégie formelle. Elle répond à une situation réglementaire et urbaine très contrainte, marquée par des règles de vis-à-vis exigeantes et par la proximité des bâtiments voisins.
Les blocs se tournent, se décalent et se déhanchent afin que chacun puisse trouver, dans l’épaisseur de l’îlot, l’orientation la plus favorable. Ce réglage précis permet de dégager des vues, d’éviter les confrontations trop directes, de ménager des échappées obliques et de donner aux chambres une relation plus ouverte au-dehors. La forme fragmentée du projet devient ainsi l’expression visible d’une recherche d’habitabilité : elle transforme la contrainte en qualité spatiale, en articulant la règle, la lumière, la vue et l’intimité.
Le contraste se poursuit dans la couleur, chaque volume affirmant une présence propre dans un environnement largement dominé par l’uniformité minérale. Cette différenciation ne relève pas d’un simple effet graphique ; elle rend lisible la diversité des situations construites, entre front urbain, retrait, seuil et relation au jardin.

Enfin, cette stratégie d’écart s’accompagne d’un travail attentif sur le sol, les transparences et les continuités paysagères. Le projet ne se contente pas d’occuper une emprise disponible : il requalifie la relation entre la rue et le cœur d’îlot, révèle la profondeur du jardin intérieur et participe à la recomposition d’un paysage commun. Lourmel s’inscrit ainsi comme une pièce intermédiaire, à la fois architecturale, domestique et paysagère, capable d’introduire une échelle plus habitée dans un ensemble fortement marqué par la masse, la répétition et l’ordre.
L’intervention ne se limite pas au bâtiment neuf. Elle requalifie l’ensemble de la cour et des espaces verts de la résidence existante, initialement peu qualifiés et marqués par des sols fortement encapsulés. Avec les paysagistes, le cœur d’îlot est redessiné comme un véritable projet de paysage.

Les cheminements sont repris, les plantations recomposées, les sols rendus aussi perméables que possible. Des zones de jeux pour enfants s’insèrent dans la cour, donnant au projet une portée qui dépasse les seuls logements étudiants. Lourmel améliore ainsi le cadre de vie de l’ensemble résidentiel.
Le paysage n’est pas un accompagnement décoratif du bâtiment. Il participe à la transformation de l’îlot, en retrouvant un sol plus vivant, plus absorbant, plus disponible aux usages quotidiens.

