
À Šeduva (Lituanie), le Musée du shtetl perdu, conçu par Lahdelma & Mahlamäki et livré en 2025, est un mirage, la seule façon d’évoquer l’indicible. Posé sur la plaine, il est l’expression d’un passé révolu qu’il entend réincarner. Surface : 4 900 m². Budget non précisé. Communiqué.
Le Musée d’histoire juive de Šeduva « Le Shtetl perdu » raconte l’histoire d’un monde à jamais disparu. Le mot « shtetl » est aujourd’hui rarement employé, pourtant, il y a à peine plus de 80 ans, plus de 200 shtetls parsemaient le paysage lituanien. Issu du yiddish, ce terme signifie « petite ville » et désignait ainsi les communautés juives locales.
Il ne s’agissait pas d’enclaves isolées, mais de villes et de villages habités par les Lituaniens. Pendant des siècles, Juifs et Lituaniens ont vécu côte à côte dans ces lieux, partageant rues, marchés et vie quotidienne. L’Holocauste a anéanti la population juive de Lituanie et, avec elle, les shtetls ont disparu.
La création de ce musée, dédié à la préservation de la culture et de la mémoire des shtetls, a nécessité plus d’une décennie de travail. Le projet a été conçu et réalisé par une équipe internationale d’historiens, d’architectes et de spécialistes du patrimoine juif. La vision architecturale a été pilotée par l’agence Lahdelma & Mahlamäki Architects.


L’architecte finlandais Rainer Mahlamäki, avec notamment les paysagistes d’Enea Landscape Architecture, a imaginé une structure unifiée dont les toits dynamiques évoquent un village. Son urbanité est agencée en « maisons individuelles » dont chacune, à la manière d’une galerie, présente un chapitre distinct de l’exposition. Avec ses pignons aveugles et son enveloppe revêtue de tuiles grises, l’architecture apparaît évanescente, comme un doux frémissement dans le paysage.
Le concept architectural et fonctionnel des galeries se reflète dans la conception de leur toiture. La partie supérieure de la galerie rappelle la forme de l’enveloppe extérieure. Des verrières situées au faîte du toit laissent pénétrer la lumière naturelle de manière contrôlée. La partie haute de la galerie crée une impression d’espace ouvert, tandis que la partie basse se distingue par l’intensité du parcours d’exposition, conçu par Ralph Appelbaum Associates.





Les galeries situées au niveau de l’entrée suivent le même principe, tout en offrant des vues soigneusement étudiées sur le paysage environnant. Il en va de même pour les locaux du personnel au premier étage, qui donnent sur le cimetière historique. La conception des espaces a été guidée par les principes d’universalité d’usage et de pérennité : les galeries permettent en effet de renouveler les expositions, même plusieurs décennies plus tard.
La scénographie a été conçue par le cabinet américain Ralph Appelbaum Associates (RAA), qui a intégré architecture et narration en une expérience immersive unique. Jouxtant le musée, les visiteurs découvrent le tout nouveau Parc de la Mémoire, un mémorial vivant saisissant conçu par les paysagistes italiens d’Enea Landscape Architecture, en hommage à la mémoire de la communauté juive autrefois florissante de Šeduva.




