
Dans le désert égyptien, le long du Nil, s’étendent à perte de vue des paysages inoubliables : oasis préservées, territoires encore intacts où la nature, la géographie et le climat dialoguent en harmonie. Chronique de l’architecte Jean-Pierre Heim.
Ce voyage est né d’une quête : celle du lieu juste, du site porteur d’identité. Il s’est incarné dans l’idée d’un bateau* environnemental naviguant sur le Nil, (L’oeil du Nil, The Eye of the Nile) non comme simple moyen de transport mais comme regard attentif posé sur le fleuve : un œil ouvert sur des territoires d’exception.


Aux côtés de spécialistes et de maîtres de l’architecture environnementale, j’ai découvert des sites capables de devenir des modèles d’intégration : utiliser les matériaux locaux, comprendre la géographie, respecter le climat et honorer la culture.
Travelling is an Art est aussi une démarche archéologique et culturelle : révéler des lieux magnifiquement conservés, porteurs d’une mémoire profonde, et les préserver par une architecture intégrée, discrète et organique. Les dessiner est un privilège.
Les projets de Siwa** et d’Eco Nubia incarnent notamment cette autonomie environnementale, cette qualité constructive en terre, et surtout cette idée d’un luxe essentiel : habiter la terre.


Art, désert et conscience, une recherche d’identité culturelle et artistique
Dans ces déserts, il n’y a pas seulement l’archéologie et l’histoire. Il y a une énergie vivante qui attire les artistes contemporains en quête d’inspiration.
À Siwa, le musée créé par Mounir Neamatalla dans la vieille ville reflète cette vision, avec des expositions permanentes consacrées notamment à Peter Beard et Lee Miller.
J’ai l’honneur d’y être exposé avec mes dessins issus de mes expéditions dans les oasis d’AlUla*** et de Siwa — deux territoires qui partagent cette même philosophie constructive : vivre en symbiose avec la terre. Des photographies et livres d‘Alberto Siliotti et une iconographie de l’historien Sergio Volpi illustrent cette histoire.


Adrere Amellal et la restauration de la forteresse de Shali, menée par Environmental Quality International, société du Dr Mounir Neamatalla, incarnent une renaissance exemplaire des architectures de terre qui ont été accomplies, respectueuse du temps et de la mémoire. Cette alliance entre art, archéologie et voyage s’inscrit pleinement dans cette philosophie.
Peintres, photographes, sculpteurs, cinéastes, poètes et musiciens trouvent ici une source d’inspiration rare, un dialogue entre silence, lumière et matière qui rappelle l’héritage de Hassan Fathy, pionnier d’une architecture organique adaptée au climat et à la culture.


Une nouvelle conscience touristique
Aujourd’hui, le tourisme égyptien s’oriente vers cette recherche d’authenticité et de durabilité.
À Eco Nubia, face au Temple de Philae, Ahmed Yehia a créé sur une île une architecture nubienne remarquable, en terre crue, parfaitement intégrée aux rochers légendaires d’Aswan et au fleuve.
Là encore, il ne s’agit pas de construire pour dominer, mais pour appartenir.

Jean-Pierre Heim, architecte
“Travelling is an Art”
Toutes les chroniques de Jean-Pierre Heim
* Lire la chronique Y – Le Yacht : l’Œil du Nil (2026)
** Lire la chronique En Egypte, les traversées du désert de Jean-Pierre Heim (2021)
*** Lire la chronique Voyage à Al Ula, ancienne cité interdite bientôt ouverte aux touristes (2021)

