
Au Vietnam, à Nghe An, l’agence DE-SO Asia a réalisé le mémorial de Hoang Thi Loan, la mère de Hô Chi Minh. Un lieu dédié aux mères vietnamiennes. Chronique du Mékong.
Les émotions initient et construisent notre rapport au monde d’architecte.
Une émotion est une réaction corporelle instantanée, incontrôlée.
C’est un signal, un ébranlement ouvrant à la possibilité de la création d’une œuvre, à l’accès à la beauté.
Dans un monde en mutation où l’intelligence prime, où la rapidité des informations structure l’espace : comment accéder à l’inexplicable qui surgit lorsqu’on chemine dans un lieu, traverse une cour de temple, ou celle d’un hôtel particulier, ou lorsque nous traversons des villes inconnues ?
Pour ressentir l’espace ou le paysage, notre corps a besoin d’un minimum de temps, d’un cheminement intérieur.
L’intelligence artificielle ne permet pas (pour l’instant) en dépit de sa vitesse de décrypter ce saisissement.
On ne peut comparer l’impression ressentie à la perspective amplifiée d’un jardin de Le Nôtre avec l’échelle des rochers des jardins de Katsura au Japon, ou le bruissement d’une fontaine de Luis Barragan dans un patio pavé mexicain.
L’émotion nous amène bien souvent là où nous ne pensions pas aller, elle nous saisit entièrement, sans préalable, elle s’apparente à certaines formes poétiques.
En architecture, la composition des proportions, l’assemblage des matériaux, l’arrangement subtil des formes, la lumière qui frise les murs, tout cela est une question permanente qui justifie notre approche architecturale.
L’espace, les lieux interrogent notre mémoire, et notre vie est le témoin d’une succession de lieux pratiqués que l’on tente perpétuellement et vainement de retrouver comme le sont les souvenirs d’enfances.
En 2020 un investisseur nous demande de réaliser le mémorial de Hoang Thi Loan, la mère de Hô Chi Minh, figure tutélaire du Vietnam actuel, à Nghe An au nord du Vietnam.
Cette commande fait suite à un premier concours gagné du mémorial de l’ancien Président situé à quelques kilomètres de là.*
À deux cents mètres sous la tombe, le site est en creux dans la pente d’une forêt de conifères.
La commande est d’édifier un lieu dédié à la mère de Ho Chi Minh mais aussi aux mères vietnamiennes …


Dans cette forêt montagneuse, un simple plan d’eau circulaire, une géométrie horizontale identifiable, se perçoit lentement à travers les arbres.
Une arche symbolique désaxée en laiton s’ouvre sur le plan d’eau et la vasque de lotus.
Essayer de traduire une identité vietnamienne a été une constante préoccupation. Comment ressentir ici ; la culture, la poésie, l’espace et ce rapport particulier à la nature et aux paysages asiatiques qu’entretiennent les Vietnamiens ?


C’est un lieu de réflexion, ouvert à la poésie, un lieu ou communique la nature avec le temps. Un plan d’eau circulaire, espace de contemplation et de recueillement.
Les contours arrondis du bassin, ourlés en béton noir, reprennent la forme des coiffes des femmes vietnamiennes du Nord.

Au sol, les lignes soulignées de joints des pavés en granit gris amplifient la perspective du disque plateforme. Ces sillons circulaires sont comme les gravages dessinés sur les tambours de cuivre vietnamiens.
Le banc courbe revêtu de granito noir poncé renforce l’effet d’enroulement de l’espace autour du bassin miroir. Son échelle volontairement amplifiée trouble la perception du projet.
Le mémorial est un moment de respiration dans une forêt vietnamienne, un lieu de recueillement, une pause, un espace de contemplation en interstice entre l’intervention humaine géométrique et la géographie souple de la topographie qui structure la végétation.
L’atmosphère y est apaisée, la démarche holistique.**

Olivier Souquet
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* Lire la chronique Centre culturel Ho Chi Minh, par DE-SO, miroir de liens intangibles
** Découvrir la vidéo du projet par Giuseppe de Franscesco

